La FIDH soutient "L’homme qui répare les femmes"

10/02/2016
Evénement

Réalisé par : Thierry Michel
En salles en France le 17 février 2016

Le carrefour des grands Lacs entre Rwanda et République démocratique du Congo est un chaudron où bouillissent et tournoient les pires des violences, entre milices et anciens génocidaires rwandais. En particulier les viols de femmes et petites filles depuis des années y endeuillent la dignité d’un voile de tristesse et de rage.

Mais il existe au Congo un îlot d’espoir et de paix, l’hôpital de Panzi à Bukavu, dans la région du Sud Kivu. Ici un homme y opère des femmes violées, aux organes génitaux ravagés, qui ont perdu l’estime, l’honneur et l’amour d’elles-mêmes.

Denis Mukwege est ce thaumaturge indigné qui veut croire aussi que l’impunité cessera et que la justice coincera les auteurs de ces crimes. Il attribue même un lieu géographique à cette impunité physique : l’hôpital de Lemera, où un massacre fut commis en octobre 1996 par des forces rebelles de Mr. Kabila alors qu’il y était rattaché : des patients immobilisés et des femmes enceintes y furent entre autres tués, et les auteurs de ces crimes demeurent impunis. Pour le docteur, « le début de l’impunité, c’est ici ». Dès lors plus rien n’est comme avant pour ce gynécologue dont le sens de l’humanité s’aiguise définitivement.

Tout autant que redonner confiance et asile à des âmes brisées, il témoigne de l’origine de la violence : celle du dépouillement des richesses du Congo en minerais par diverses factions armées, militaires réguliers ou bandes miliciennes magnétisées par des fanatiseurs et autres mauvais génies. Les viols comme armes de guerre et de terreur ne déchirent pas seulement les tissus des organes, mais aussi ceux d’une nation en perte de repères, où les récits des atrocités dans les médias continuent d’être ravalés et banalisés au rang de simples faits divers.
Les scènes de témoignage du film sont bien entendu pétrifiantes dans leurs détails, en particulier le jugement de deux violeurs d’une petite fille qui comparaissent et nient les faits, alors qu’on entend la voix fluette de l’enfant qu’on ne voit pas dans le tribunal : comme si c’était celle d’un fantôme venu hanter deux consciences réprouvées.

La parole insoutenable : c’est à cela que le docteur Mukwenge tente d’apporter la possibilité de se faire entendre à nouveau ; car la voix est aussi un organe et se décharger oralement par le récit de l’innommable en soi, c’est le premier pas vers le redressement de soi. Ce que le docteur Mukwenge met en avant à travers ses mots à lui d’indigné, c’est cette force extraordinaire des femmes saccagées qu’on lui amène : « L’avenir de ce pays est dans ces femmes qui sont formidables ». Son vrai miracle n’a pas été toute sa vie de réparer physiquement ces femmes, mais de les persuader qu’elles n’étaient pas coupables du mal qu’elles ont subi, et qu’elles peuvent recommencer un jour à vivre. Psychologiquement le docteur Mukwenge est pour elles l’homme qui leur montre à l’horizon où se lèvent les jours d’après.

Autre victoire notable pour le docteur et pour le réalisateur du film Thierry Michel : le pouvoir en République démocratique du Congo a tenté d’interdire le film mais cette atteinte à la liberté d’expression a été levée le 19 octobre 2015 : c’est une autre réparation d’importance dont nous nous réjouissons.

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