La FIDH soutient « Where to invade next ? » de Michael Moore

14/09/2016
Evénement

Sortie sur les écrans le 14 septembre 2016.

Celui qui regarde le monde avec un oeil châtré risque fort de s’emmêler dans un opus de Michael Moore : ce dernier, apôtre du raccourci à gros traits, sacrifie généralement l’esthétique à l’efficacité.
Cette fois, s’inventant une convocation par le chef des armées du Pentagone désespérées de ne plus savoir qui envahir, il se parachute lui-même dans un délicieux jardin des espèces où, à défaut de pétrole, il ira piller des idées dans chaque pays qu’il aura envahi à lui seul.

Posture parodique du sauveur de la nation, la démarche est celle d’un enfant espiègle qui feint la naïveté tout en tendant avec malice un miroir à une Amérique épuisée, sans imagination.

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Chaque pays traversé est l’occasion de manifester un génie local ou national : de l’hygiène alimentaire des cantines françaises à l’université gratuite slovène ou à la découverte (faussement) effarée des huit semaines de congés payés des Italiens ou du traitement modéré des personnes incarcérées en Norvège, chaque étape parle de la décence manifestée envers la personne humaine, et de cette imagination sociale et politique que beaucoup semblent chercher aujourd’hui à la façon de rescapés assoiffés de la Vallée de la Mort.

La promenade fort avenante que nous parcourons ainsi tend à faire de l’Europe un jardin des espèces et des curiosités d’une civilisation autre : une zooropa où l’étonnement trahit par le contraste des comparaisons avec une Amérique régressive et à l’arrêt : difficile en effet pour un Américain de comprendre qu’on n’arrête plus depuis quinze ans les consommateurs de drogues au Portugal, ou que le respect du temps libre en Allemagne aille jusqu’à pénaliser l’employeur qui essaie de contacter ses salariés en dehors des horaires de travail ou durant ses congés ! Que dire aussi de ce passage en Tunisie pour y voir les dispensaires gratuits consacrés à la contraception pour les femmes ou bien de cet éloge de la sagesse féminine au pouvoir en Islande (où les mauvais banquiers finissent en prison !) à travers la rencontre de le première femme qui y fut élue présidente en 1975 ! Nombre de conservatismes comptent à la fin du film des pertes dans leurs rangs et nous n’en attendions pas moins du soldat Moore.

Il serait cependant simpliste de s’arrêter à considérer que Michael Moore ne s’amuse dans ce scénario qu’à jouer l’incarnation contemporaine d’un Montesquieu redécouvrant l’Europe et ses bizarreries. Le côté réducteur des singularités relevées sous plusieurs tropismes visités ne doit pas laisser croire que le réalisateur pense que les pays sillonnés soient des utopies concrètes et sans défauts, des paradis à portée de tous.

Le florilège des idées glanées qui fonctionnent est plutôt une invitation pour l’Amérique à s’atteler à la tâche et à revoir sa copie, mais ces idées mises bout à bout ne peuvent donner une image fidèle et rigoureuse de l’Europe et des nations qui la composent. Le film ne semble pas avoir plu outre-atlantique, car il y fut classé R (« restricted ») à sa sortie fin 2015 : ce qui empêchait un adolescent de moins de 17 ans de pouvoir se rendre seul à la séance ! En effet, des traders au traitement des prisonniers noirs pour lesquels les lois anti-drogues semblent avoir été créées, il est certain que Michael Moore, sorti d’un silence cinématographique de plus de six années, dérange encore énormément et sait toujours faire éclore de son jeu caricatural sur les clichés apparents des armes de réflexion massive.

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