Colombie : le gouvernement doit garantir la protection des organisations et leaders sociaux contre les menaces paramilitaires

14/04/2016
Communiqué
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La FIDH demande aux autorités colombiennes de garantir l’intégrité physique et psychologique de la société civile colombienne alors que les derniers mois ont été marqués par une recrudescence des attaques paramilitaires.

Ces derniers jours, depuis l’annonce de la mise en place d’une audience publique intitulée « Persistance du paramilitarisme : sans garantie, il n’y aura pas de paix durable », convoquée pour le 15 avril prochain par le représentant de la chambre Alirio Uribe Muñoz et le sénateur Iván Cepeda Castro, plusieurs participants ont reçu des menaces sur le lieu du congrès. En outre, les 1er et 2 avril 2016, une « grève armée » lancée par le clan Usuga et le groupe Autodefensas Gaitanistas de Colombia (AGC) dans plusieurs régions du pays a fait 6 morts et a donné lieu à de nombreuses menaces et à des actes de violence. Dans ce contexte, nous redoutons que les individus et les organisations qui dénoncent les actions de ces structures paramilitaires soient victimes de représailles.

« Alors qu’elle se trouve sur le point de conclure un accord final de paix, la société civile colombienne doit pouvoir compter sur les garanties nécessaires à la dénonciation publique de faits aussi graves que la persistance du paramilitarisme en Colombie, sans mettre sa vie en danger, ni son intégrité ou celle des groupes et communautés qu’elle représente »

, déclare Karim Lahidji, président de la FIDH.

Malgré les constatations faites dans le dernier rapport annuel du Bureau de la Haute Commission pour les droits de l’homme des Nations unies en Colombie et de la Commission interaméricaine des droits de l’homme qui signale dans son Rapport général de 2015 que « (…) faute d’une dissolution efficace et complète des structures armées des groupes paramilitaires, la violence continue d’affecter gravement les droits des habitant-e-s de la Colombie », l’État colombien continue d’affirmer que les groupes paramilitaires ont été démantelés.

Cependant, la situation montre que ces groupes demeurent présents dans plusieurs régions — le département de Sucre par exemple —, ce qui contredit cette affirmation. Dans le département de Sucre, la présence de groupes comme les AGC, les Rastrorojos et les Aguilas Negras a été rapportée ces dernières années, et leur responsabilité révélée pour les faits suivants : l’assassinat d’Alex Miguel Arrieta en 2008 ; l’incendie de 10 ranchs en 2011 ; l’assassinat d’Éder Verbel Rocha, membre de MOVICE Sucre, en mars 2011 ; et l’attentat qui a failli coûter la vie au leader social Andrés Narváez le 12 juin 2014. Le 1er avril 2016, le président de l’Association des agriculteurs et agricultrices du domaine La Europa, Argemiro Lara, défenseur des droits de l’homme et de la restitution des terres, a reçu sur son portable des SMS de menaces signés Aguilas Negras. Six jours plus tard, le 7 avril, des hommes vêtus de noir ont sillonné les différentes zones de la propriété en motocyclette à gros cylindre pour intimider la population.

Voilà les raisons qui nous poussent à solliciter tout particulièrement la protection des organisations suivantes, qui sont convoquées et participeront à l’audience publique précédemment mentionnée : la Commission interecclésiale de justice et paix (bas Atrato, San José de Apartadó, Buenaventura et d’autres cas suivis par la Commission) ; ACASA (San José de Apartado) ; AHERAMIGUA (bas Cauca et nord-est de Antioqueño) ; CREDHOS (Magdalena medio) ; ASCAMCAT (Association paysanne du Catatumbo) ; Réseau des droits de l’homme Fransisco Isaias Cifuentes (sud-ouest : Cauca, Nariño et Valle) ; Caguán Vive (San Vicente del Caguán) ; Réseau des droits de l’homme du Putumayo (Putumayo) ; DHOC (est colombien) ; Unión Patriótica (UP) ; ASODECAS ; Processus de restitution des terres du domaine La Europa et MOVICE-Capítulo Sucre ; Association colombienne des étudiants d’université (ACEU) ; Fédération des étudiants d’université (FEU) ; Association nationale des zones de réserves paysannes (ANZORC) ; Coordinación Agrominera ; Comité permanent pour la défense des droits de l’homme (CPDH) ; Fondation pour la défense des droits de l’homme et le DIH de l’est colombien (DHOC) ; Mouvement politique et social Marche patriotique – Commission nationale des droits de l’homme.

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