Colombie : un premier général détenu pour « faux positifs ». À quand les suivants ?

30/03/2016
Communiqué
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La FIDH et son organisation membre en Colombie, le CAJAR, se félicitent des progrès de la justice colombienne manifestés par l’arrestation, le 28 mars dernier, du général Henry William Torres Escalante et par le prochain procès de l’ancien commandant en chef de l’armée nationale, Mario Montoya Uribe, sous l’inculpation de crimes contre l’humanité.

« Les poursuites déclenchées contre de hauts dignitaires pour faux positifs représentent un progrès pour la justice colombienne. Il faut maintenant continuer à avancer. Les plus hauts responsables qui ont conçu, soutenu ou promu cette politique criminelle doivent être jugés et sanctionnés ”

a indiqué Karim Lahidji, président de la FIDH.

La première arrestation d’un général survient dix ans après les faits, après de multiples dénonciations au niveau tant national qu’international de la politique criminelle menée au sein des forces armées, où avait été mis en place un système interne de récompenses, primes et promotions visant à gonfler les résultats opérationnels et qui a abouti à au moins 5 600 exécutions extra-judiciaires (c’est le nombre de documentés par le Bureau des exécutions extra-judiciaires de la Coordination Colombie-Europe-États-Unis (CCEEU)).

En 2012, la FIDH a publié le Rapport « La Guerre se mesure en litres de sang. Faux positifs et crimes contre l’humanité : l’impunité des plus hauts responsables ». Ce rapport souligne le caractère systématique et généralisé qu’a pris le phénomène des faux positifs en Colombie entre 2002 et 2008, sous la présidence d’Alvaro Uribe Velez, qui a choisi d’ignorer les dénonciations de ces crimes par les défenseurs des droits humains, alors que cette pratique criminelle s’étendait à toutes les brigades de l’armée nationale. De tels actes étaient même soutenus par les plus hauts responsables de l’armée qui non seulement ont omis d’exercer leur indispensable devoir de contrôle, mais ont même encouragé ces agissements. En dépit des dénonciations, la plupart des cas connus restaient restés impunis.

Or, le 28 mars dernier, le Parquet de Colombie a émis un mandat d’arrêt à l’égard du général Torres Escalante qui, incidemment, avait été détaché la veille des forces armées et s’était volontairement livré aux autorités. Le général, à l’époque commandant de la Brigade 16, est poursuivi pour sa responsabilité dans l’homicide de deux paysans, un père et un fils, présentés par l’armée comme des guérilleros tués au combat en mars 2007. Selon les résultats de l’enquête, le fils aurait été assassiné pour avoir dénoncé l’assassinat de son père quelques jours plus tôt.

Par ailleurs, le général et ancien commandant de l’armée serait cité à comparaître le 31 mai prochain pour au moins dix cas d’homicide sur personne protégée. De source fiable, il ne lui est pas seulement reproché de ne pas être intervenu devant ce qu’on appelait alors des « faits isolés », mais également d’avoir, en tant que commandant de l’armée nationale, encouragé cette pratique criminelle au sein de plusieurs bataillons du pays.
La Cour pénale internationale (CPI), dans son rapport préliminaire sur la situation en Colombie, a fait savoir au gouvernement que des progrès devaient être réalisés pour traduire en justice et sanctionner les plus hauts responsables dans l’affaire des « faux positifs », et pour que la CPI décide d’ouvrir ou non une enquête. Toutefois, les progrès de la justice colombienne ne peuvent en rester là. Un nombre important de hauts gradés doivent encore être traduits en justice.

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