Le gouvernement doit prendre des mesures pour protéger les communautés indigènes

02/03/2016
Communiqué
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(Paris, Tegucigalpa) La FIDH et ses organisations membres au Honduras, le CIPRODEH et le COFADEH, expriment leur préoccupation et dénoncent l’assassinat de 5 indigènes Tolupán de la communauté San Francisco Locomapa, municipalité de Yoro, qui a eu lieu le 21 février dernier. Cela porte à 17 le nombre de personnes appartenant à cette communauté qui ont été assassinées depuis 2012 sans que les responsables aient été appréhendés et sanctionnés.

Selon les informations dont nous avons eu connaissance, des hommes armés ont fait irruption dans l’une des maisons de la communauté et ont ouvert le feu. Quatre personnes sont mortes sur le coup et une autre le lendemain en raison de la gravité des blessures. Les victimes ont été identifiées comme étant Nahún Alberto Morazán, Roberto Carlos Palencia, José Alvarenga, Elvin Joel Alvarenga et Santos Matute.

« La situation, marquée par l’absence de protection et la vulnérabilité notamment des communautés indigènes qui défendent leurs terres au Honduras, est extrêmement préoccupante. Il est urgent que le gouvernement prenne des mesures immédiates pour surmonter cette situation. Nous exigeons que les autorités compétentes effectuent sans délai une enquête indépendante et approfondie sur ces assassinats ainsi que sur les autres assassinats de membres du peuple Tolupán ; et qu’elles adoptent immédiatement les mesures les plus appropriées pour garantir la vie et l’intégrité physique et psychologique de tous les membres du peuple Tolupán »

ont déclaré les organisations.

Depuis plusieurs années, la communauté Tolupán de San Francisco Locomapa dénonce les menaces et les différents actes de violence dont elle est l’objet, qui sont provoqués par un contexte de conflit autour de la défense de leur droit à la terre. Les plans de gestion forestière et d’exploitation opérationnelle sont mis en œuvre sans la participation ni le consentement des communautés.

Ce n’est pas la première fois qu’un fait de cette nature se produit à l’encontre des peuples indigènes qui luttent pour défendre leur droit à la terre ou qui dénoncent des violations des droits de l’homme et des dommages à l’environnement liés à des projets d’investissements au Honduras. La Commission interaméricaine des droits de l’homme (Comisión Interamericana de Derechos Humanos – CIDH), dans son rapport pays intitulé « Situation des droits de l’homme au Honduras », publié le 18 février 2015, attire l’attention sur la situation du peuple Tolupán et met en évidence de nombreux cas de menaces et de persécutions perpétrés à son encontre par des groupes armés liés au crime organisé et à des entreprises minières, rappelant en même temps que « les peuples indigènes ont le droit d’être protégés des attaques de tiers, en particulier quand celles-ci se produisent dans le cadre de conflits autour de leur territoire ancestral ». En raison de cette situation de vulnérabilité et de risque, la CIDH a accordé, en décembre 2013, des mesures conservatoires à l’organisation MADJ qui protège les droits de la communauté Tolupán.

Les organisations expriment également leur grande préoccupation concernant la population indigène Lenca. Selon le Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (Consejo Cívico de Organizaciones Populares e Indígenas de Honduras (COPINH)), il semble que le 20 février, pendant une marche pacifique vers le fleuve Gualcarque contre l’implantation du projet hydroélectrique « Agua Zarca » qui porte atteinte à ses droits territoriaux, plus de 100 personnes aient été appréhendées et harcelées par les forces de sécurité. Le peuple Lenca se bat depuis des années pour la défense de ses territoires et pour la protection du Rio Blanco. À cause de cette bataille, les indigènes Lencas ont été persécutés au point d’être forcés à abandonner leurs territoires ; un certain nombre d’entre eux ont été blessés et quatre ont été assassinés en 2014. Des attaques qui ont lieu en toute impunité.

Les organisations expriment leur plus vive préoccupation et dénoncent l’augmentation du nombre de cas d’agressions et de criminalisations de personnes et de communautés qui défendent leurs droits humains, notamment les droits à la terre, dans le contexte de projets d’investissements (hydroélectrique, minier, de monoculture, etc.) au Honduras. Il s’agit d’une forme d’intimidation à l’égard de leur travail de défense des droits humains, comme cela a été dénoncé dans le Rapport publié par la FIDH et dix autres organisations des droits de l’homme d’Amérique latine et intitulé « Criminalisation des défenseurs des droits humains dans le contexte des projets industriels : un phénomène régional en Amérique latine ».

Dans ce contexte, les organisations insistent auprès de l’État hondurien pour qu’il respecte ses obligations internationales en matière de protection contre les violations des droits humains commises sur son territoire et/ou dans sa juridiction par des tiers, y compris des entreprises. Elles le pressent aussi de prendre des mesures concrètes et immédiates pour mettre en œuvre les mesures conservatoires nécessaires afin d’assurer la protection de toutes les personnes et organisations auxquelles il les accorde.

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