Syrie : Appel urgent à un cessez-le-feu durable et à protéger la population d’Alep

15/12/2016
Communiqué
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Après 112 jours de siège pour la population civile restée à Alep, un accord de cessez le feu a finalement été conclu avant-hier entre le gouvernement syrien et les groupes d’opposition armés afin d’évacuer les civils et les combattants de l’opposition qui se sont rendus.

Le cessez-le-feu qui devait commencer hier matin a presque aussitôt été suspendu et les bombardements et tirs d’artillerie ont repris de plus belle, nous ont informé nos organisations partenaires syriennes. Les routes prévues pour l’évacuation n’ont pas été sécurisées et des attaques contre des ambulances du Croissant Rouge qui suivaient les convois d’évacuation ont aussi été signalées.

La FIDH réitère l’appel lancé au gouvernement syrien et à ses alliés afin qu’ils s’assurent que tous les civils et les combattants capturés à Alep soient protégés et traités conformément aux normes de droit international humanitaire.

“Nous voulons juste avoir accès aux droits les plus basiques, le droit de rester en vie. Nous sommes des civils et nous voulons seulement être libres.”

Un civil pris au piège à Alep dans un message de détresse envoyé à la communauté internationale

Au vu de ces récentes informations, la FIDH appelle toutes les parties au conflit à respecter sans équivoque le cessez-le-feu pour que les civils puissent évacuer les zones de conflit en toute sécurité par les couloirs humanitaires désignés. Il est urgent que des organes des Nations unies aient accès à toutes les zones d’Alep afin de s’assurer que les civils soient déplacés en toute sécurité et vers les lieux de leur choix.

De plus, les autorités syriennes doivent laisser passer les convois humanitaires des Nations unies afin qu’ils puissent porter secours aux blessés et apporter une assistance humanitaire à la population d’Alep.

“L’humanité a échoué à Alep. Les civils sont depuis trop longtemps pris au piège des horreurs perpétrées par le régime syrien et ses alliés. La communauté internationale doit accentuer ses efforts afin de garantir un cessez-le-feu durable et garantir des couloirs de sécurité pour les civils qui ne demandent qu’une vie meilleure. Il est déjà trop tard.”

Dimitris Christopoulos, président de la FIDH

Le Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme a signalé que des combattants qui s’étaient enfuis avaient été arbitrairement arrêtés ou tués sur place et qu’un certain nombre était porté disparu. Des familles de combattants ont aussi été prises pour cible, victimes de représailles par les forces du régime.

La FIDH rappelle que les combattants qui se sont rendus ou qui ont été capturés doivent être protégés et traités conformément au droit international humanitaire. Il est en outre impératif que les organisations humanitaires aient accès aux lieux de détention.

La FIDH est profondément choquée par les témoignages des attaques massives et systématiques contre la population civile dans la ville d’Alep assiégée. Nos organisations partenaires de défense des droits humains en Syrie ont décrit la vie quotidienne des habitants d’Alep confrontés aux bombardements incessants, aux exécutions massives ou ciblées, aux disparitions forcées, aux détentions arbitraires, à la torture ainsi qu’à la privation de nourriture et d’eau sans aucune possibilité d’accès à des soins médicaux comme “la fin de l’humanité”.

Il n’y a aujourd’hui plus un seul centre médical en service dans la zone Est d’Alep où tous les hôpitaux ont été bombardés par le régime syrien et par la Russie. Nos organisations partenaires nous ont aussi rapporté que l’armée syrienne et ses milices alliées allaient de maison en maison exécuter les habitants sur place et prenaient pour cibles des maisons qu’ils incendiaient en y laissant des familles entières brûler vives.

“Les forces du régime et leurs alliés ne font pas de distinction entre civils et combattants, nous sommes tous des cibles.”

Un civil pris au piège à Alep

La FIDH exhorte l’ONU à mandater des experts qui se rendraient à Alep, afin de documenter les crimes commis et préserver les éléments de preuves visant à établir les responsabilités des auteurs de ces crimes. Tous les responsables des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité perpétrés à Alep et dans le reste de la Syrie assiégée devront être traduits en justice.

“Le peuple syrien doit obtenir justice pour les crimes odieux commis depuis bientôt six ans en toute impunité, et face à l’inaction totale de la communauté internationale. L’établissement des responsabilités et les réparations doivent être au cœur de toute solution politique viable pour la Syrie.”

Mazen Darwish, directeur du Centre Syrien pour les médias et la liberté d'expression, organisation membre de la FIDH

Des milliers de civils sont pris au piège dans d’autres parties assiégées du pays. Tous les sièges doivent être immédiatement levés et la population civile doit bénéficier d’une protection totale.

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