Mexique : Les autorités doivent reconnaître publiquement la légitimité des activités de défense des droits humains

18/04/2016
Communiqué
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Genève-Paris, le 15 avril 2016. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme, programme conjoint de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la FIDH, réitère sa ferme condamnation des campagnes de dénigrement menées contre la société civile mexicaine et contre tous les mécanismes et institutions aux niveaux national, régional et international en raison de leurs activités de défense des droits de l’homme.

Le 17 mars 2016, plusieurs organisations avaient déjà adressé une lettre ouverte au Président Enrique Peña Nieto afin de lui faire part de la profonde inquiétude que leur inspire la campagne de discrédit et de diffamation lancée contre les membres d’organisations œuvrant en faveur des droits de l’homme dans le pays, et de l’inviter instamment à condamner publiquement de telles actions de dénigrement et de diffamation.

L’Observatoire déplore le silence que continuent d’observer les autorités un mois après l’envoi de cette lettre et ce, malgré une intensification sans précédent des graves accusations portées à l’encontre des organisations mexicaines de protection des droits de l’homme et des mécanismes régionaux et internationaux de défense des droits humains.

Il convient de relever la multiplication d’articles de presse parus ces derniers jours dans el Milenio et LetraRoja accusant les organisations de défense des droits de l’homme d’être « une arme qui protège le crime organisé » ou encore « une mafia qui, sous couvert d’activités de défense des droits humains, amasse des fortunes en obtenant la libération des pires criminels ». Ces organisations sont aussi accusées d’être une « mafia intégrée au pouvoir » qui fabrique des preuves de « prétendues tortures et violations des droits de l’homme » dans des affaires emblématiques comme celle de la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa, afin d’encaisser des millions de pesos sans rien reverser aux victimes.

Au nombre des organisations et institutions ainsi accusées figurent la Commission mexicaine de défense et de promotion des droits humains (CMDPDH), le Centre pour la justice et le droit international (CEJIL), la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). Parmi les membres et anciens membres explicitement mentionnés de ces mêmes organisations, on trouve M. José Antonio Guevara et Mme Alejandra Nuño, membres du Conseil d’administration de la CMDPDH et le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, M. Juan E. Méndez.

Dans ce contexte, l’Observatoire conteste également la plainte introduite contre le Secrétaire exécutif de la CIDH, M. Emilio Álvarez Icaza Longoria, au motif d’un prétendu délit de fraude au préjudice de l’État mexicain, en rapport avec le travail réalisé par le Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants (GIEI). En l’occurrence, le GIEI avait signalé, le 6 septembre 2015, des irrégularités et des incohérences dans l’enquête conduite sur les 43 disparus d’Ayotzinapa. Il y a lieu de relever que les experts membres du GIEI ont aussi fait l’objet d’une grande campagne nationale visant à les discréditer au cours des derniers mois.

L’Observatoire craint que cette campagne de diffamation et de discrédit prenne plus d’ampleur encore suite aux graves et récentes révélations divulguées le 14 avril par la CNDH, selon lesquelles des membres de la police municipale de Huitzuco (Guerrero) et deux membres de la police fédérale (PF) auraient aidé à faire disparaître un camion à bord duquel avaient pris place 15 à 20 des 43 disparus.

« Nos organisations condamnent avec la plus grande fermeté la campagne de dénigrement et de diffamation qui ne cesse de croître en l’absence de toute réaction des institutions mexicaines, qui restent silencieuses. La situation nous préoccupe d’autant plus que ces accusations risquent de mettre en danger la sécurité et l’intégrité physique et psychologique de toutes les personnes qui défendent les droits de l’homme dans le pays », ont indiqué les organisations concernées.

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