Union Européenne et Turquie : Les migrants ne peuvent pas faire l’objet de troc

Paris-Bruxelles – La FIDH est scandalisée par la politique cynique de « troc de migrants » annoncée par les Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Européenne, et le Premier ministre turc le 7 mars dernier. La FIDH demande instamment à l’Union Européenne et à ses Etats Membres de cesser de repousser à tout prix les migrants, mais au contraire de créer des voies de migration sûres notamment en accroissant de manière conditionnelle leurs capacités de réinstallation.

Le 7 mars, le Premier ministre turc, le Président du Conseil européen et le Président de la Commission Européenne ont présenté les principales caractéristiques d’un futur accord entre la Turquie et l’Union Européenne. Avec l’aide de l’OTAN, l’Union Européenne « refoulera les nouveaux migrants en situation irrégulière » qui traversent la mer Egée, en direction de la Turquie. Etant donné que les migrants atteignant l’Europe sont pour la plupart des syriens, des afghans et des iraquiens ayant besoin d’une protection internationale, la FIDH est particulièrement préoccupée par le fait que ces migrants n’auront pas d’accès effectif à une procédure d’asile. Des refoulements en masse sans évaluation des besoins individuels de protection violent le droit international et le principe de non-refoulement.

Le plan prévoit que l’Union Européenne accueille un syrien venant de Turquie pour chaque Syrien reconduit vers la Turquie.

"Cette politique de « troc des migrants » telle qu’elle se présente montre une fois de plus l’absence totale de considération de l’Union Européenne pour les droits et la dignité des migrants. Faut-il rappeler aux dirigeants Turcs et à ceux de l’Union Européenne qu’il ne s’agit pas d’un troc de marchandises mais d’êtres humains ? Certains d’entre eux ont un besoin urgent de protection. L’idée même que l’Union Européenne puisse conditionner l’accueil de syriens à la volonté de la Turquie de réadmettre d’autres Syriens est inadmissible."

Karim Lahidji, Président de la FIDH

D’après les chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Européenne, pour que ce plan devienne « légal », il faut que l’Europe accorde le statut de « pays sûr » à la Turquie. Le concept même de « pays sûr » n’a pas de sens en droit international, car la protection internationale doit être évaluée en fonction de la situation personnelle du demandeur d’asile.

"En aucune circonstance, la Turquie ne peut être considérée comme « pays sûr » pour les migrants. La décision de l’Union Européenne d’ignorer sciemment la dégradation de la situation des droits humains et le manque d’un système d’asile adéquat, ne veut pas dire que la Turquie soit un pays sûr. Les réfugiés encourent le risque d’être déporté, en violation du principe de non-refoulement. Cette décision montre tristement que pour externaliser ses responsabilités, l’Union Européenne cède au chantage de la Turquie en utilisant les migrants comme monnaie d’échange."

Geneviève Jacques, chargée de mission sur les droits des migrants à la FIDH

Le Président du Conseil européen de déclarer : « l’époque de l’immigration illégale en Europe est révolue ».

"Ce sont des vœux pieux que de considérer que la fermeture des routes des Balkans sans offrir une alternative sûre, dissuadera les migrants de se rendre en Europe. Cela ne fera que pousser les migrants vers des itinéraires plus dangereux et entraînera encore davantage de violations des droits de l’homme et de décès. Le Premier ministre turc et les Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Européenne ont admis qu’il fallait prendre des décisions « audacieuses » mais ce plan ne l’est pas. Il continue avec la même logique qui ne tient pas compte du long terme et se concentre uniquement sur la sécurisation des frontières et la sous-traitance des responsabilités de l’Union Européenne. Il est grand temps que l’Union Européenne adopte une approche à l’égard des migrants qui soit fondée sur les droits humains en offrant des filières de migration légales sans danger pour entrer en Europe et à renforcer sa capacité d’accueil des migrants de manière inconditionnelle."

Dan Van Raemdonck, Un des Secrétaire Généraux de la FIDH

Le plan final entre la Turquie et l’Union Européenne sera soumis pour approbation lors du Conseil Européen les 17-18 mars 2016.

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